Sarkozy abandonne EADS
Si l’Etat français détient actuellement 15 % du capital d’EADS, ce sont les groupes privés qui détiennent le pouvoir de décision, et ce en vertu du pacte d’actionnaires signé il y a sept ans. Pendant la campagne électorale, M. Sarkozy avait évoqué une refonte de l’actionnariat d’EADS, en souhaitant de « vrais actionnaires ». Sans évoquer aucun nom, il avait plaidé pour « l’entrée de nouveaux actionnaires privés », des « financiers » mais aussi un « industriel pour piloter la boîte ». On est loin de l’époque gaulliste où des secteurs aussi stratégiques économiquement que politiquement, tels que l’aéronautique civile et la défense, se devaient d’être pilotés par un Etat fort en mesure de prendre des décisions à long terme qui ne dépendent pas du seul paramètre de la rentabilité immédiate.
Nicolas Sarkozy a estimé qu’il était trop tôt pour se prononcer sur le montant d’une augmentation du capital d’EADS, qui doit faire face aux lourds investissements de sa filiale Airbus dans le très gros porteur A380 et le moyen porteur A350. Jolie tentative pour expliquer sa soumission à la doctrine libérale de l’Union Européenne qui veut dégager tout les secteurs d’activités des interventions de l’Etat afin d’empêcher une entrave à la concurrence soi-disant « libre et non faussée ». Il suffit de lire le communiqué d’EADS à l’occasion de la mise en place du plan Power8 pour comprendre les « principales » raisons de cette restructuration. « L’objectif principal de Power8 consiste à rendre Airbus plus efficace et plus compétitif, de manière à offrir les produits les plus avancés et les plus rentables pour mieux servir ses clients à l’avenir », ont déclaré Louis Gallois et Thomas Enders, Présidents exécutifs d’EADS. « A défaut de mettre en œuvre Power8 rapidement, la rentabilité risquerait d’être en décalage sensible par rapport aux standards de l’industrie et aux attentes légitimes. Cette situation est insupportable et inacceptable. Power8 est précisément conçu pour réduire ce décalage », a déclaré pour sa part Hans Peter Ring, Directeur financier (CFO) d’EADS et d’Airbus.
La restructuration ne vise pas à sauvegarder l’entreprise, mais à accroître les bénéfices, ce qui ne rentre pas dans le domaine d’intervention qu'a défini le Président de la République. L’Etat n’est plus donneur d’ordre en ce qui concerne la politique industrielle et les grands projets de la nation. Il se contente de subventionner certaines entreprises dont le déclin précipité aurait une incidence directe et trop importante sur le tissu économique et social du pays. En saupoudrant des aides financières, comme il l’a fait pour Alstom, l’Etat se contente d’éteindre des incendies, et ce, pour le bénéfice des banquiers et des financiers qui à cette occasion, ne voient aucun mal à ce que la puissance publique vienne au secours de leurs investissements. Mais la stratégie des entreprises est définie ailleurs, par d’autres, et sur du court terme. Le patriotisme économique a été abandonné en rase campagne électorale et la loi du marché est la seule qui vaille. Notre projet de société devra s’adapter à ces considérations fatalistes autant partagées par la gauche de droite, que par la droite qui cite la gauche.
Il n’aura fallu qu’une douzaine de jours pour que le Président de la République Nicolas Sarkozy renoue avec la politique de la corbeille, et renie l’esprit du gaullisme qui veut que le progrès économique soit au service de l’homme et du partage social.