Passation CHIRAC/SARKOZY : le mirage de l'alternance
Alors qu'arrive la fin du mandat de Jacques CHIRAC et que sonne l'heure du bilan, les commentateurs sont quasiment unanimes : il n'y a rien à retirer des 12 ans de présidence de ce dernier, à l'exception de son refus d'entrer dans le conflit irakien. "Douze ans pour rien" pourrait-on titrer. A cette idée du "bilan zéro" vient se superposer une autre analyse: "CHIRAC n'a rien fait parce qu'au fond, il n'était pas vraiement de droite". L'image d'un président de droite n'assumant pas le programme et l'idéologie de sa famille politique revient souvent dans les commentaires. CHIRAC était en réalité un "radical-socialiste", préférant le "confort de l'immobilisme" au mouvement incessant de la réforme, un républicain "plus social que libéral". En contrepoint, la campagne très à droite de Nicolas SARKOZY apparait alors comme un vent nouveau soufflant sur la France, une vrai alternance à "cette France de l'échec et du replis sur soi" (stigmatisée par le vote NON au référendum sur la Constitution européenne.
Après cette brève synthèse des commentaires journalisitiques, rappelons néanmoins quelques "hauts-faîts" de la présidence de Jacques CHIRAC. A peine élu sur le thème de "la fracture sociale", ses premières mesures consistent à faire baisser l'impôt sur le revenu (impôt juste et progressif, que les français les plus pauvres ne paient pas), à reprendre les éxonération de charges pour les entreprises sans contrepartie, à vouloir "réformer" les régimes spéciaux de retraite ( ce qui met plus d'un million de fonctionnaires dans la rue). Après la dissolution ratée de 1997 suivent 5 années de relative accalmie libérale, marquée par les 35 heures de Lionel JOSPIN, 500.000 emplois-jeunes, un retour de la croissance et une baisse massive du chômage. Suite à ce que j'appelle "le tournant de 2000" ( où le gouvernement JOSPIN oublie qu'il est de gauche) et une campagne calamiteuse, CHIRAC est réélu. Viennent alors 5 nouvelles années de baisses multiples d'impôts, d'exonérations de charges pour les entreprise et de "réformes" ( assurance vieillesse et maladie), uniquement stoppées par la crise du CPE.
Ce petit rappel historique permet de regarder un certain nombre de faîts sans détours. Non, la présidence de Jacques CHIRAC n'a pas été inactive, elle a laissé s'installer en France un libéralisme tempéré, prélude à un changement plus profond, plus "radical", représenté par l'actuel locataire de l'Elysée. En ce sens, la "rupture" incarnée Nicolas SARKOZY est illusoire puisqu'il ne s'agit que du prolongement et de l'amplification de la politique menée depuis 5 ans ( le retour au premier plan des FILLON, JUPPE, RAFFARIN et autres en est la plus belle preuve).
Avec Nicolas SARKOZY, et malgré ses promesses d' "ouverture" (dont nous verrons qu'il s'agit au mieux d'un coup de communication, au pire d'un véritable piège pour ses nouveaux "partenaires"), il ne s'agit pas d'un changement de cap, mais seulement de dégré dans la politique à accomplir. L'actuel Président de la République, avant d'être le rénovateur du sytème, en est avant tout l'héritier. De cet ultime argument, découlera l'essentiel de notre analyse de son début de mandat.