Je fais ce que je veux
'inconscient joue parfois des tours. "La présidente", a lâché le porte-parole du gouvernement, Laurent Wauquiez, en évoquant, vendredi 24 août, Cécilia Sarkozy, à l'issue de conseil des ministres de rentrée. Le secrétaire d'Etat a répété, comme le porte-parole de l'Elysée la veille, que la femme du chef de l'Etat n'irait pas s'expliquer devant une commission parlementaire sur son rôle dans l'affaire des infirmières bulgares, "pour respecter la séparation des pouvoirs (entre l'exécutif et le législatif) surtout en matière de politique étrangère". "UNE PÉTAUDIÈRE TOTALE !"
Le problème se corse depuis que Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, a été autorisé à répondre devant la future commission parlementaire, tandis que la première dame en serait dispensée, en tant que "représentante personnelle" du chef de l'Etat. "Cela relève d'une rhétorique jésuitique sans précédent et sans fondement juridique. Et encore, je ne suis pas gentil avec les jésuites", s'exclame le professeur de droit constitutionnel Olivier Duhamel. "Une pétaudière totale ! Cela ne tient pas debout", renchérit un constitutionnaliste réputé, qui préfère conserver l'anonymat.
"Tout serait cohérent si les deux (M. Guéant et Mme Sarkozy) adoptaient la même attitude. On peut comprendre que personne ne réponde à l'Elysée parce que le président n'est pas responsable devant le Parlement. L'un oui et l'autre non c'est plus difficilement compréhensible", ajoute l'universitaire Guy Carcassonne. "On est au milieu du gué. Si on change les institutions, la réponse ne sera pas la même", observe avec plus d'indulgence Bertrand Mathieu, président de l'Association française de droit constitutionnel.
L'ancien ministre socialiste Jack Lang, docteur en droit et membre lui aussi du comité de réflexion, choisit de se réjouir. Même si l'argument de la séparation des pouvoirs n'est "pas bon, ni juridiquement ni techniquement", la présence de M. Guéant devant les députés marquera à ses yeux deux avancées : un contrôle du Parlement sur la politique étrangère et une responsabilité assumée du président devant la représentation nationale.
L'ancien président du Conseil constitutionnel, Pierre Mazeaud, se montre, lui, catégorique : "Ce n'est pas contraire au droit, puisque la femme du président n'a pas de statut. Et elle avait une mission du président." Lui-même émissaire personnel de Jacques Chirac pour négocier les accords de Marcoussis sur la Côte d'Ivoire, il aurait refusé de venir si les députés lui avaient demandé de s'expliquer.